Extraits du Discours de clôture du colloque organisé par le Cercle Périclès le lundi 14 juin 1993
« Qu’ils lisent, ces myopes qui n’aperçoivent de la réalité que les lumineux quartiers de quelques métropoles riches ; ceux qui s’imaginent que le mondialisme est une marche vers notre idéal d’universel, alors qu’il ne provoque partout que violences, replis, et misérables frilosités de tribu ; » (1993)
« Etre absolument moderne, c’est comprendre, en particulier, que les Trente Glorieuses devaient commencer par un 18 Juin. »
« Pour beaucoup, n’en déplaise à l’ « establishment », la France veut dire encore quelque chose ! »
« Mais nous pouvons répondre aussi en dénonçant le dogme étouffant qui, sous prétexte que les Nations et les peuples sont égaux, essaie de les rendre identiques. La dénonciation du dogme infiniment réducteur qu’est le mondialisme, voilà le véritable rôle de la France aujourd’hui, de la France porteuse de l’universel, de ce peuple qui n’assume son « exceptionnalité » qu’en endossant la cause de tous les peuples »
« Une logique propre, c’est-à-dire une Politique. Il faudrait beaucop de temps pour la formuler, retracer ce qui pourrait s’appeler le « système de la France ». Je crois qu’il s’ordonne autour de trois concepts, celui d’Etat, celui de Nation, celui de Civilisation. »
« soit le pouvoir politique est légitime, c’est-à-dire coïncide strictement avec une culture homogène dont il puise, sous une forme ou une autre, un consentement à gouverner ; c’est l’archétype national.
Soit il se juxtapose à plusieurs cultures, et la coercition doit alors suppléer, aussi longtemps qu’elle le peut, au « vouloir vivre ensemble » : c’est l’archétype impérial. Le cadre national, à l’échelle de l’histoire, est le plus neuf ; c’st le nôtre ; nous croyons que c’est aussi celui du progrès. »
« Nous voilà à la troisième contradiction, la contradiction centrale, celle du libre-échange, conçu comme une idéologie incontournable, faux internationalisme, qui fait croire qu’il est progressiste alors qu’il détruit les plus élémentaires solidarités. »
« A l’opposé de l’universel, qui cultive les particularités et les offre à tous, le mondialisme prétend que, parce qu’elles sont égales en droit, les sociétés doivent être semblables : et, voulant ainsi gommer les différences à marche forcée, il les exacerbe finalement, réveille les solidarités les plus rudimentaires, excite des liens primaires confinés à un jeu de réactions et de replis. »
« Le plus difficile dans la vie, c’est de découvrir ce qui est évident. Ce qui est évident, aujourd’hui, c’est que le laisser-faire, laisser-passer intégral est condamné à mort. »
« L’idée de frontière serait dépassée : voilà bien encore un dogme à bousculer ! Car la réhabilitation de la frontière est aujourd’hui la condition de toute politique, comme est la condition de tout échange vrai. La grande erreur de notre temps est de croire que les frontières séparent, alors qu’elles unissent au contraire, en donnant à chacune des nations les moyens d’exister – de cette existence vraie et forte, ouverte aux autres parce qu’elle est sûre d’elle-même, qui est la conditionpremière de l’échange, de la coopération, de la solidarité. »
« Elle (une politique économique ; ndlr) est parfaitement possible à une condition : que nous respections l’instrument indispensable de toute politique, la frontière. C’est-à-dire que nous tournions le dos à la vieille conception, la conception dépassée de l’Europe. »
« C’est à nous de prendre l’initiative, et nous devons le faire d’autant plus volontiers quel ‘Europe constitue le domaine d’élection où peut s’illustrer clairement la dialectique de la frontière comme condition de la solidarité. Oui, il faut bel et bien relancer la construction européenne – ou plus exactement substituer à la fausse construction d’aujourd’hui, destructrice de notre grande richesse qu’est le dynamisme des Nations, une véritable construction qui ajoute au lieu de retrancher dans une course infinie au plus petit, et au plus commun dénominateur. Il faut relancer la construction européenne hors des chemins où l’ont fourvoyée les alliances insensées des boutiquiers, des technocrates, et des aimables rêveurs réunis en dérisoires piqueniques ou d’incantatoires liturgies à la mémoire des pères fondateurs. »
« Prenons garde que celles des nations qui prétendent le contraire aujourd’hui ne le font que parce que l’affirmation nationale a pu prendre chez elles, par le passé, des formes catastrophiques, qui en entament la crédibilité, mais que, refoulé aujourd’hui, le sentiment national pourra y prendre demain, si l’on n’y est pas attentif, des formes d’autant plus monstrueuses qu’on oaura voulu réprimer leur expression saine et je dirais équilibrée. »
« Etre soi-même, c’est le message de la France, qui vaut pour elle comme pour les autres peuples. Ce combat-là est celui du XXIème siècle, il est absolument moderne, et la France doit commencer aujourd’hui, comme toujours avant les autres, à en jeter les bases. Brûler les fausses icônes que sont en réalité les idoles controuvées du mondialisme : il y a là sa vraie mission, mission intellectuelle, morale, mais aussi spirituelle, qui fonde l’exception française au cours de l’histoire ; et qui la fondera encore au XXIème siècle. »
Extraits du Discours du colloque organisé par le Forum du Futur le 16 juin 1993
« Et c’est bien à un renversement complet des valeurs et des choix fondamentaux qu’il faut nous atteler de toute urgence. En réalité, et je pèse mes mots, nous vivons depuis trop longtemps un véritable Munich social. Cette comparaison avec Munich s’impose d’autant plus que nous retrouvons sur la question du chômage tous les éléments qui firent conjuguer en 1938 la déroute diplomatique et le déshonneur : aveuglement sur la nature du péril, absence de lucidité et de courage, cécité volontaire sur les conséquences des décisiosn prises. Et le silence gêné, l’indifférence polie que nous affectons tous aujourd’hui vis-à-vis des générations d’exclus que fabriquent consciencieusement nos sociétés n’es t pas d’une autre nature que le « lâche soulagement » des démocraties dans les années 1930, face aux ambitions territoriales du système nazi. »
« Or, toutes nos politiques sont fondées sur cette stratégie erronée, qui nous fait attendre la reprise, comme d’autres attendent Godot, pour voir refluer le chômage. »
« Autre réalité méconnue, le libre-échange, qui a été l’un des moteurs de la croissance des années de l’après-guerre jusque dans les années 1980, joue désormais contre l’emploi. La concurrence ne se déploie plus seulement entre les entreprises ; elle oppose des systèmes économiques et sociaux totalement hétérogènes ; où le recours au dumping par les bas salaires et l’absence de protection sociale devient un avantage comparatif décisif. Le libre-échange intégral est devenu une course mortelle aux délocalisations et à la régression sociale. »
« C’est une véritable révolution culturelle qu’il nous faut accomplir. Le rapport entre l’économique et le social doit être totalement revu. »
« En refusant de reconsidérer la participation de l’Europe au mouvement de libération des échanges entrepris sous la guerre froide, la Commission européenne signe l’arrêt de mort non seulement de notre industrie mais aussi de nos systèmes sociaux et de nos modes de vie. En faisant le choix d’une Europe ouverte, ou plus exactement offerte sans aucune réciprocité, et au détriment de la notion de « préférence communautaire », nous encourageons le cycle diabolique de la régression sociale qui se traduit par la multiplication stérile des opérations de délocalisations interne et externe.
Le libre-échange, dans de telles conditions, n’est rien d’autre que le piquet qui ligote l’agneau européen, promis à la voracité de concurrents ô combien plus féroces. »
« La Communauté européenne doit donc impérativement être relancée. J’ai bien dit relancée, au risque de surprendre tous ceux qui s’obstinent à ne pas comprendre le sens de mon engagement. La relancer, mais hors des chemins où l’ont fourvoyée l’alliance contre-nature de juristes et de technocrates fanatiques d’une part, d’intérêts mercantiles de l’autre. »
« Pour autant, ces politiques se révèleront insuffisantes, si elles ne sont pas fondées sur la dissociation des règles applicables au secteur exposé et au secteur protégé (…). Il nous faut désormais tenir compte du fait que les activités soumises à la concurrence internationale n’ont pas vocation à être encadrées par les mêmes règles que celles applicables aux secteurs protégés.(…) La distinction entre secteur exposé et secteur protégé reste tout à fait pertinente, même si elle ne doit pas se traduire par un dualisme radical. »
« Les obstacles sont à la fois financiers, réglementaires et institutionnels. Il faut certes améliorer la solvabilisation de la demande. Mais la réflexion doit surtout porter sur le rôle de l’Etat et des collectivités publiques dans l’émergence d’une offre qui ne résulte pas du jeu naturel du marché. »
« la rentabilité financière ne peut représenter le seul critère de l’intérêt collectif. Il ne faut pas confondre la capacité à dégager du profit avec la capacité à créer de la richesse ; Une entreprise déficitaire ne détruit pas forcément des richesses ; elle en crée dès lors qu’elle dégage de la valeur ajoutée. C’est-à-dire que ce qui compte pour la collectivité, c’st ce qui est tout en haut du compte de résultat et non pas la dernière ligne. »
« Cela suppose de rompre enfin avec cette dérive qui fait progressivement de l’entreprise prive le modèle unique de toute les organisations, au point qu’on cherche maintenant à introduire dans la comptabilité publique les règles de la comptabilité privée et qu’on impose des objectifs de rentabilité même là où cela n’a aucun sens. La soi-disant réconciliation des Français avec «l’Entreprise » tourne à la confusion totale. Il faut maintenant remettre les choses à leur place. A la place du « secteur public concurrentiel » qui va être privatisé, il faut créer un nouveau secteur public subventionné, qui aura pour objectif de dégager le maximum de valeur ajoutée. »

